Agriculture
Le Parc naturel Burdinale-Mehaigne est un territoire au caractère agricole et aux paysages typiques : des fonds de vallées humides jouxtent les plateaux d’openfields aux terres limoneuses fertiles. Les céréales dominent les parcelles et les cultures de pommes de terre et légumes sont également très présentes, tout comme la betterave, la chicorée ou encore le lin. Sur un territoire occupé à près de 80% par l’agriculture, accompagner les agriculteurs dans une transition agricole permettant de concilier l’agriculture, la biodiversité et l’environnement est donc un vrai enjeu sur notre Parc naturel.
Au fil des projets, une réelle dynamique de territoire s'est construite autour du Parc naturel grâce un groupe d’agriculteurs particulièrement actifs et convaincus par l'agroécologie. Le Parc naturel met également à disposition des agriculteurs des compétences externes qui permettent de faire avancer la réflexion collective : conférenciers, agronomes inspirants, scientifiques et partenaires agronomiques.

Agriculture
Depuis plusieurs années, le Parc naturel travaille à la diffusion de l’agroécologie auprès des agriculteurs du territoire. L’agroécologie est un ensemble de pratiques agronomiques fondées sur la connaissance de l’écologie et l’observation des processus naturels. Un exemple d’agroécologie est la collaboration avec la faune du sol (les vers de terre entre autres) pour réduire, voire remplacer, le travail du sol par le machinisme en grande culture.
Le projet C3PAux (Combinons les Pratiques pour Préserver les Populations d’Auxiliaires de culture et réduire les insecticides) a été lancé dans le cadre de la mise en place du plan d’action pour la transition agroécologique du SPW ARNE (Plan Terraé). Le projet réunit une vingtaine d’agriculteurs partenaires du Parc naturel pour travailler sur l’agroécologie.
Plusieurs leviers d'actions peuvent être mis en place : la rotation culturale, l’emploi de cultures pièges qui attireront les ravageurs ailleurs que sur la culture à protéger ou encore, la lutte naturelle avec les auxiliaires de culture.
À l’image de la coccinelle qui se nourrit de pucerons, les auxiliaires de cultures sont des prédateurs naturels et donc, de grands alliés de l’agriculteur. Tout l’enjeu consiste à attirer et maintenir les auxiliaires de culture sur la parcelle que l’on souhaite protéger, ce qui peut être accompli par l’installation de maillage écologique comme les bandes fleuries. À l’échelle du Parc naturel, plusieurs agriculteurs pionniers ont déjà démarré une réflexion sur les auxiliaires de culture et ont installé ce type de maillage écologique.
En-dehors des essais, le projet est très impliqué dans le réseautage avec des partenaires agronomiques (Greenotec, Natagriwal, Centres pilotes, etc.), scientifiques (projet de recherches) et privés (Raffinerie Tirlemontoise) qui travaillent sur la lutte auxiliaire. Ce réseautage permet d’amener les dernières connaissances sur les essais agronomiques aux agriculteurs.


Agriculture
Le projet "Vers des systèmes agricoles plus résilients en territoire Burdinale-Mehaigne" est financé par le fonds européen Leader dans le cadre du GAL Burdinale-Mehaigne.
Le projet vise à rendre le territoire plus résilient face au dérèglement climatique en soutenant les agriculteurs dans l’adaptation de leurs pratiques culturales. Il se focalise particulièrement sur trois volets :
Plus d'informations et les dernières actualités du projet se trouvent sur le site du GAL

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Le 19 octobre, le GAL et le Parc naturel ont organisé un atelier sur l’identification des vers de terre, l’occasion de découvrir ces êtres aussi méconnus qu’essentiels pour nos sols !

Une diversité insoupçonnée
Les vers de terre, ou lombrics, appartiennent à l’embranchement des annélides, des animaux au corps allongé et cylindrique, formé d’anneaux munis de soies microscopiques qui leur permettent de se déplacer dans la terre.
On compte plus de 3700 espèces de vers de terre décrites et on estime qu’il y aurait 6000 espèces dans le monde. En Belgique, nous recensons entre 25 et 30 espèces, certaines sont très répandues, tandis que d’autres sont inféodées à des milieux spécifiques

Carte d’identité du ver de terre
Les vers de terre sont hermaphrodites, ils possèdent à la fois des organes mâles et femelles mais ils doivent tout de même s’accoupler pour la reproduction. Leur espérance de vie varie de quelques mois à plus de trois ans selon les espèces. Animaux d’origine aquatique, l’eau est essentielle au fonctionnement de leur corps. Leur peau respire directement l’oxygène dissous dans l’humidité du sol, ce qui explique pourquoi ils fuient la sécheresse ou l’inondation même s’ils peuvent vivre un certain temps sous l’eau. Ils sont davantage actifs à l’automne et au printemps quand l’eau ne manque pas et que les températures sont plus clémentes. En cas de forte température ou de sécheresse prolongée, les vers entrent en diapause, ils s’enfouissent en profondeur, creusent une cavité et s’y roulent en boule le temps de retrouver des conditions qui leurs sont favorables.



Pourquoi un ver creuse-t-il le sol ?
Trouver de la nourriture bien sûr ! Mais aussi pour trouver de bonnes conditions d’humidité et de température, les vers ont le flair pour cela ! En août, le sol est chaud en surface : les vers s’enfoncent alors pour profiter de la fraîcheur conservée en profondeur grâce à l’inertie thermique du sol. En novembre, c’est l’inverse : la surface se refroidit, tandis que les couches plus profondes restent plus douces et offrent un refuge tempéré aux vers.
Enfin, quand le sol se tasse, soit par les pluies, le passage des animaux ou encore des engins agricoles, le ver doit dégager un passage pour garder une circulation libre via ses galeries. Selon la manière de prospecter le sol, il est possible de répartir les vers de terre en trois grands groupes :
Les épigés, petits, vivant en surface ou parfois dans les premiers centimètres du sol. Ils se nourrissent de débris végétaux en décomposition, on les trouve typiquement dans les composts. Ils ne creusent pas ou peu de galeries. Leur anatomie les prédispose à un déplacement plus rapide pour fuir la prédation.
Les endogés creusent des galeries horizontales dans les premiers décimètres du sol. Ils ingèrent la terre pour en consommer la matière organique (feuilles, tiges, etc.).
Les anéciques, grands et ayant un corps en partie aplati, ils creusent des galeries verticales pouvant atteindre deux à trois mètres. Ils remontent la nuit pour chercher des feuilles et débris végétaux qu’ils tirent dans leurs galeries.
Les ingénieurs du sol
Les vers de terre sont souvent appelés ‘’ingénieurs du sol’’ tant leur rôle est déterminant pour les écosystèmes. Ils recyclent la matière organique morte (feuilles, racines, tiges, etc.) et rendent les nutriments contenus dans cette matière disponibles pour les autres plantes.
Les vers anéciques sortent leur queue du sol pendant la nuit, à la recherche de végétaux qu’ils rapprochent de leurs galeries pour pouvoir les y enfuir peu après. Après digestion, les vers anéciques tapissent leurs galeries avec la matière digérée, ils en évacuent aussi une partie hors de la galerie, sous forme de turricules, afin de maintenir leurs tunnels dégagés. Leur activité est essentiellement nocturne et ce n’est pas un hasard, c’est pour échapper à leurs prédateurs. La présence des turricules dans le jardin est une trace de leur travail, même si l’essentiel de leur déjection est directement déposé autour des galeries.

Voici un petit aperçu de leur travail :

Ou encore dans la vidéo incroyable ci-dessous :
Une biomasse très importante
En moyenne, la biomasse vivante de vers de terre se situe entre 30 et 100g/m². On peut retrouver des populations importantes de vers de terre dans des sols anthropisés de Bruxelles (communication personnelle de G.Josens). À contrario, certaines forêts aux sols acides comme la forêt de Soignes sont inhospitalières et les lombrics y sont absents. Le milieu et son usage sont déterminants. Ainsi, les prairies permanentes et peu perturbées accueillent des populations très importantes, quand les champs cultivés voient diminuer leur population. Au printemps 2019, nos partenaires de l’ASBL Greenotec ont réalisé près de 50 comptages de vers de terre à travers la Wallonie dans différentes parcelles de céréales.
Il est évident que même si tous les comptages ont été réalisés dans la même culture, à savoir une céréale d’hiver, l’historique de la parcelle, les propriétés pédologiques et la place de la céréale dans l’assolement (e.g. après légume ou après colza) jouent énormément. La quantité de vers de terre varie très fort d’un champ à l’autre, allant de 40kg à 1770kg/ha. Cette étude réalisée dans son contexte ne peut pas être généralisée pour comparer les différents types d’agriculture, une interprétation des parcelles, des sols et de leurs usages est nécessaire.
On peut citer brièvement quelques éléments contextuels. Les parcelles de grandes cultures en bio font généralement appel à plus de travail mécanique qu’en conventionnel ou en agriculture de conservation. La raison est que les agriculteurs bio doivent remplacer les herbicides par du travail mécanique (herses, bineuses) effectué en passages répétés de tracteurs sur le champ, ce qui perturbe les vers de terre. Mais il peut aussi y avoir de très bons résultats en bio, avec par exemple, l’emploi de la prairie temporaire de luzerne (2/3 ans) dans la rotation entre les cultures annuelles. Celle-ci permet de concurrencer les adventices et de constituer un stock d’azote organique dans la parcelle. L’absence de travail de sol et l’enracinement permanent pendant cette durée sont très favorables aux vers de terre.
Par rapport à l’agriculture conventionnelle, l’agriculture de conservation des sols mise sur le travail simplifié du sol et accorde beaucoup d’importance à la réussite des couverts d’intercultures performants. Ceux-ci produisent une biomasse abondante, source de nourriture pour les vers de terre. Ici aussi, les résultats peuvent être variables : l’emploi de cultures exigeantes en travail de sol (cultures racines ou tubercules – pomme de terre) peut tout à fait réduire à néant les bons résultats obtenus pendant plusieurs années de pratiques favorables.

Quel est ce ver ?
Identifier les vers de terre n’est pas une mince affaire ! Il faut d’abord les collecter, ce qui peut se faire à la bêche. Une autre méthode consiste à arroser le sol avec une solution irritante d’eau et de moutarde. Celle-ci est assez désagréable pour les vers qui ont tendance à remonter en surface où ils peuvent facilement être prélevés et ensuite identifiés au binoculaire. Il serait trop compliqué d’expliquer ici les critères d’identification mais en résumé, il s’agît d’observer la couleur, la forme et la position des différents organes : bouche, anneaux, soies, clitellum (organe reproducteur), etc.

De solides compétences sont nécessaires pour identifier une espèce avec succès. Lors de notre atelier du 19 octobre, les prélèvements opérés dans le verger du Parc naturel ont permis d’identifier six espèces mais c’eut été impossible sans l’œil avisé du professeur Guy Josens (ULB) référant en la matière et animateur de l’atelier. Voici les espèces identifiées :
𝐴𝑙𝑙𝑜𝑙𝑜𝑏𝑜𝑝ℎ𝑜𝑟𝑎 𝑐ℎ𝑙𝑜𝑟𝑜𝑡𝑖𝑐𝑎, un ver aux tons verts
𝐴𝑝𝑜𝑟𝑟𝑒𝑐𝑡𝑜𝑑𝑒𝑎 𝑐𝑎𝑙𝑖𝑔𝑖𝑛𝑜𝑠𝑎, le ver le plus commun chez nous, endogé
𝐴𝑝𝑜𝑟𝑟𝑒𝑐𝑡𝑜𝑑𝑒𝑎 𝑙𝑜𝑛𝑔𝑎, anécique
𝐿𝑢𝑚𝑏𝑟𝑖𝑐𝑢𝑠 𝑡𝑒𝑟𝑟𝑒𝑠𝑡𝑟𝑖𝑠, anécique
𝐿𝑢𝑚𝑏𝑟𝑖𝑐𝑢𝑠 𝑐𝑎𝑠𝑡𝑎𝑛𝑒𝑢𝑠, épigé
𝐿𝑢𝑚𝑏𝑟𝑖𝑐𝑢𝑠 𝑟𝑢𝑏𝑒𝑙𝑙𝑢𝑠, épigé à tendance anécique
Des alliés naturels au jardin
Vous l’avez compris, les vers sont de véritables atouts tant pour l’écosystème que pour le jardin. Ils apprécient grandement qu’on les nourrisse avec une litière de matières organiques. Entendez par-là, un apport de compost, tontes de gazon, déchets de cuisine, feuilles et autres qui régaleront les vers. Cependant, ils craignent la mise à nu du sol et pire encore, leur exposition à la lumière. Il est courant de voir des nuées d’oiseaux qui prédatent les vers de terre directement après le passage d’une charrue dans un champ. Les vers sont aussi impactés par le tassement du sol, provoqué par un engin agricole ou même le pied de l’homme, de même que par le travail du sol (bêchage, motoculteur, etc.). Il faut donc veiller à le réduire au maximum s’il l’on veut travailler avec les vers. Enfin, les vers sont impactés aussi par les fertilisants minéraux (engrais azotés) et certains pesticides qu’il convient donc d’éviter au maximum !
Un travail avec les agriculteurs dans le cadre du projet Résilience
Le sol fait partie intégrante des objectifs du projet Résilience. L’objectif est de rendre les systèmes agricoles plus résilients via une bonne santé des sols, et cela passe par un travail avec les vers de terre. Ainsi, une sensibilisation est réalisée sur l’utilisation des matières organiques (fumier, compost, lisier, fientes, digestats, bois raméal fragmenté, etc.) et la réduction des fertilisants minéraux. Les pratiques de conservation du sol et la réduction du travail du sol sont aussi régulièrement abordés via différents ateliers en salle, visite de parcelles et autres actions avec nos partenaires comme Greenotec par exemple. Le 24 novembre 2025, le projet Résilience propose aux agriculteurs du territoire la venue de Julien Hérault, agriculteur et expert indépendant français spécialiste en machinisme. La journée sera dédiée aux stratégies de mécanisations dans les pratiques de conservation du sol.
Sources :
Gobat, Aragno et Mathey, le sol vivant, PPUR, 2013